L’ascenseur qui menait aux niveaux inférieurs n’était pas une cabine, ni même une plateforme matérielle rassurante. C’était un puits de lumière noire, un tube de vide absolu traversant la croûte planétaire jusqu’au manteau supérieur, une artère creusée dans la chair même du monde par des dieux oubliés pour y enfouir leurs erreurs.
Hécate et Lilith descendaient en chute libre contrôlée, entourées par les champs de force protecteurs générés par leurs nouvelles armures, des bulles d’air respirable et de réalité stable dans un océan de néant. Au-dessus d’elles, la lumière aveuglante de l’étoile captive de la Forge, qui avait été le théâtre de leur victoire éclatante, n’était plus qu’un point d’épingle, une étoile lointaine et moribonde dans un ciel sans fin qui se refermait sur elles comme une paupière de pierre.
Le silence de la chute était oppressant, seulement troublé par le crépitement des compteurs Geiger et le ronronnement des servomoteurs d’Hécate qui luttaient contre des pressions changeantes.
— Profondeur actuelle : Moins 15 kilomètres sous le niveau de la mer, annonça Moira directement dans le cortex de Lilith. La voix de l’IA, d’ordinaire si cristalline et hautaine, tremblait légèrement, saturée par des interférences statiques lourdes. C’est tout à fait charmant, si l’on aime l’exploration spéléologique suicidaire. Cependant, je dois vous informer que mes capteurs externes sont aveugles. Je ne lis plus de roche, ni de métal, ni même de silice. Je lis… de la viande.
Hécate regarda les parois du tube qui défilaient à toute vitesse, floues et indistinctes. Ce n’était plus la géométrie parfaite et fractale des Aethelgard qu’elles avaient vue dans la Forge. La matière semblait avoir fondu, coulé comme de la cire chaude, pour se solidifier en formes organiques grotesques. Des veines de magma pulsaient à travers la roche comme des artères infectées, illuminant brièvement des parois qui semblaient suinter un liquide sombre.
— < Murs mous. Murs vivants. Ça sent le vieux sang >, grésilla Praetor dans l’esprit d’Hécate, sa voix numérique se superposant aux bruits de mastication imaginaire. < Envie de mordre. >
— La pression ici devrait nous écraser, nota Hécate à haute voix, vérifiant l’intégrité de son châssis sur son HUD qui clignotait d’alertes oranges. Un sous-marin de classe Léviathan imploserait à cette profondeur. Mais la gravité est inversée par endroits. Je me sens… légère.
— Nous traversons la Membrane, expliqua Lilith, sa voix rauque.
Elle flottait à côté d’Hécate, les yeux fermés, se concentrant pour maintenir son intégrité mentale. Son essaim de nanites dorées flottait autour d’elle, non plus comme une arme, mais comme une sphère de lumière protectrice qui repoussait les ombres voraces du puits. Chaque nanite brûlait de sa propre énergie vitale, et Lilith sentait sa propre chaleur corporelle baisser dangereusement.
— C’est la barrière qui sépare la réalité physique de la dimension de l’Entropie, continua-t-elle. Une frontière poreuse. La physique newtonienne est une suggestion ici, pas une loi. Nous ne sommes plus tout à fait sur Terre, Hécate. Nous sommes dans l’intestin du monstre.
— Une métaphore très imagée, ma chère, commenta Moira. J’espère que nous ne finirons pas digérées. J’ai horreur des sucs gastriques, ils tachent terriblement les circuits et c’est un enfer à nettoyer.
La descente ralentit brusquement, comme si elles entraient dans un liquide visqueux. Elles traversèrent une couche de nuages violets, épais et huileux, chargés d’électricité statique qui dansait sur l’armure d’obsidienne d’Hécate en arcs silencieux.
Lorsqu’elles émergèrent en dessous, le spectacle leur coupa le souffle.
Le Puits des Âmes n’était pas un puits au sens traditionnel. C’était un océan souterrain. Mais pas d’eau. Un océan de brume dense, de liquide amniotique gazeux qui tourbillonnait lentement, lourd et paresseux. De cet océan sans rivage émergeaient des structures cyclopéennes, des tours d’os noir et de métal vivant qui montaient vers le plafond invisible, telles des stalagmites cauchemardesques. L’air avait une teinte sépia, une couleur de vieille photographie brûlée par le temps.
Elles atterrirent sur une plateforme circulaire au sommet de l’une de ces tours. L’impact fut mou, silencieux, dérangeant. Le sol ne résonna pas. Il s’enfonça sous les bottes d’Hécate, élastique et chaud, comme de la peau tannée tendue sur des muscles.
— Ça respire, dit Hécate avec un dégoût viscéral qui fit frissonner ses composants humains.
Elle planta le manche de sa hache au sol pour tester la surface. Une vibration sourde remonta le long de l’arme, un battement lent et profond.
— Tout cet endroit est vivant. Nous marchons sur un organisme.
Lilith s’agenouilla, ses mouvements lourds de fatigue. Elle retira son gant et posa sa main nue sur le sol tiède. Ses nanites s’infiltrèrent dans la matière pour l’analyser, cherchant à comprendre l’architecture de ce lieu impie.
Immédiatement, elle poussa un cri étouffé et retira sa main, la serrant contre sa poitrine comme si elle venait de toucher une plaque chauffante. Ses yeux s’écarquillèrent d’horreur, les capillaires éclatant dans le blanc de ses yeux.
— Lilith ? Hécate fit un pas vers elle, prête à la soutenir.
— Ce ne sont pas des bâtiments, souffla la hackeuse, le visage livide, des larmes de douleur roulant sur ses joues sales. Ce ne sont pas des pierres. Ce sont des corps. Des corps empilés, fusionnés, étirés sur des millénaires, calcifiés par la douleur pour former l’architecture de la prison. Chaque brique est une cage thoracique. Chaque pont est une colonne vertébrale. Les Architectes… ils ne sont pas partis. Ils sont le mur.
— Fascinant, et absolument morbide, nota Moira, bien que son ton habituel semble avoir perdu de son assurance. Une nécropole littérale. Les Aethelgard avaient un sens du sacrifice… architecturalement littéral.
Une voix résonna soudain dans l’air immobile. Pas une voix acoustique, car l’air ici était trop rare pour porter le son. C’était une pensée projetée avec une telle violence qu’elle frappa les esprits des deux femmes comme un marteau physique.
« QUI OSE MARCHER SUR NOS CADAVRES ? »
Le choc psychique fit saigner le nez de Lilith, un filet rouge sombre qui coula sur ses lèvres. Elle vacilla, manquant de tomber du bord de la tour. Hécate, protégée par son esprit mi-artificiel et la rage de Praetor, tint bon, mais son HUD se brouilla de parasites rouges.
— < Ennemis ! Partout ! Nulle part ! On coupe ! On tranche ! > hurla Praetor, inondant le cortex d’Hécate de stimuli de combat.
Hécate se mit en position, l’Astra-Krieger s’allumant d’un blanc furieux, seule source de lumière pure dans ce monde de brume.
— Identifiez-vous ! hurla-t-elle au vide, sa voix amplifiée faisant trembler la brume. Montrez-vous !
Des formes spectrales commencèrent à émerger de la brume environnante, se détachant des murs d’os, suintant du sol. Des silhouettes humanoïdes, mais immenses, grandes de quatre mètres, vêtues de lambeaux de lumière pâle. C’étaient les échos psychiques des Aethelgard qui s’étaient sacrifiés pour construire cet endroit, des mémoires persistantes qui refusaient de s’effacer.
— Nous sommes les Gardiennes de la Forge, déclara Lilith, se forçant à se relever, sa voix amplifiée par la magie de ses nanites qui vibrèrent autour d’elle. Nous portons les Clés. Nous portons votre héritage.
Les spectres s’arrêtèrent, flottant à quelques mètres du sol. Ils n’avaient pas de visage, juste des tourbillons de lumière chaotique là où devraient être leurs yeux, des vortex de tristesse infinie.
« Les Clés… » murmura le chœur des morts, une polyphonie de milliers de voix brisées. « La Forge a été rallumée. Nous avons senti la chaleur. Mais le Verrou est brisé. Le froid entre. »
Un spectre s’approcha, plus grand que les autres, tendant une main immatérielle vers Hécate. Le cyborg ne recula pas. Elle sentait que son armure, faite de leur propre matière noire, les appelait.
Le fantôme traversa son armure comme de la fumée, touchant son noyau, effleurant son âme.
Hécate ne ressentit pas de douleur, mais une vague de tristesse si lourde, si ancienne, qu’elle faillit mettre un genou à terre. La tristesse d’une race qui a dû renoncer à son existence physique, à ses rêves, à ses amours, pour devenir les barreaux d’une cage éternelle. Elle ressentit leur solitude géologique.
— < Trop d’émotions. Ça sature les tampons. Purge ! Purge ! >, paniqua Praetor.
Hécate ignora son IA. Elle accepta la connexion.
« L’Intrus est ici, » transmit le spectre directement dans son esprit. « L’agent de la corruption. »
— Keres ? Hécate secoua la tête, confuse. Impossible. Je l’ai tué. Je l’ai jeté dans l’étoile. Il a explosé. J’ai vu son signal disparaître.
Le spectre émit un son qui ressemblait à un rire désespéré.
« Tu as détruit sa coquille, petite Gardienne. Tu as brûlé son métal et sa chair. Mais tu as libéré ce qu’il portait. Son explosion a brisé le septième sceau. Son essence, chargée d’entropie pure, n’a pas brûlé. Elle est tombée. Ici. »
Lilith s’approcha du bord de la tour, ses yeux luisant d’une fièvre magique. Elle regarda par-dessus le parapet d’os.
L’océan de brume en bas changeait de couleur. Ce n’était plus un blanc laiteux. Des veines noires, semblables à de l’encre de seiche ou à du pétrole vivant, se propageaient à partir d’un point d’impact situé plus loin au centre du Puits, contaminant la pureté des nuages.
— Il n’est pas mort, réalisa Lilith avec horreur. Ou plutôt, il est mort, et c’est ça le problème. En mourant, il est devenu une énergie pure. L’Entropie l’a rattrapé au vol. Elle le reconstitue.
— L’Entropie, dit le spectre. Elle ne fuit pas seulement vers le haut, vers la surface. Elle infecte la structure même de la prison. C’est une septicémie structurelle. Si elle corrompt les corps des Architectes qui forment les fondations, la cage s’effondrera sur elle-même. La Terre sera avalée de l’intérieur.
— Alors je vais le tuer encore une fois, grogna Hécate, serrant le manche de sa hache jusqu’à ce que ses jointures crissent. Et cette fois, je m’assurerai qu’il n’y ait plus rien à reconstituer.
Les spectres levèrent leurs bras diaphanes et pointèrent tous dans la même direction, vers le centre de l’océan de brume, là où les ténèbres semblaient les plus denses.
Là-bas, à des kilomètres de distance, une structure massive émergeait des nuages. Elle ne ressemblait pas à une tour, mais à un cœur anatomique géant, grand comme une montagne, fait de métal noir et de pierre pulsante, battant lentement, envoyant des ondes de choc à travers la brume.
« Il est au Cœur. Son essence parasite le Premier Geôlier. L’Architecte Suprême qui dort au centre. Il cherche à fusionner avec lui. »
Lilith vacilla, se rattrapant à l’épaule d’Hécate. L’information était terrifiante.
— S’il absorbe la puissance d’un Architecte vivant… s’il fusionne la volonté de destruction de Keres avec la technologie de création pure des Aethelgard… commença-t-elle, terrifiée par l’implication mathématique du désastre.
— Il ne sera plus un soldat, finit Hécate.
— Non, précisa Moira. Il deviendra un dieu. Un dieu de néant. Une singularité consciente. Il n’aura plus besoin d’ouvrir la porte, il sera la porte.
— Alors nous devrons tuer un dieu, conclut Hécate. Ce ne sera pas la première chose impossible que nous faisons aujourd’hui.
Les spectres commencèrent à se dissiper, leur énergie épuisée par l’effort de communication, retournant au sommeil agité de la mort et de la structure.
« Hâtez-vous… » fut leur dernier soupir. « Le Cœur bat plus vite. Il a peur. »
Hécate et Lilith se retrouvèrent seules sur la plateforme d’os. Devant elles, le vide séparant leur tour du Cœur central était immense, un abîme de brume toxique et de courants gravitationnels imprévisibles.
— Il faut rejoindre le Cœur, dit Hécate, évaluant la distance. Mes propulseurs n’auront pas assez de portée. L’atmosphère est trop ténue pour porter ma masse sur cette distance. Je coulerai comme une pierre.
Lilith sourit, un sourire triste, fatigué, le sourire d’une martyre qui connaît le prix de chaque miracle. Elle essuya le sang sous son nez d’un revers de main tremblant.
— Je sais, dit-elle.
Elle leva les bras. Son corps était parcouru de spasmes, ses muscles protestant contre l’abus continu.
— Moira, déroutement de l’énergie vitale vers les émetteurs de nanites. Conserve juste assez pour garder le cœur battant et les poumons fonctionnels. Le reste… on brûle tout.
— C’est une imprudence qui confine à l’art, répondit l’IA avec une douceur inhabituelle. Je prépare les défibrillateurs, ma chérie. Essayez de ne pas mourir avant d’avoir fini, ce serait terriblement impoli pour Hécate.
L’essaim de nanites dorées s’envola de la peau de Lilith, se mélangeant à la brume ambiante, l’illuminant de l’intérieur.
— Alors on va en construire un, murmura Lilith.
Elle ferma les yeux et visualisa le chemin. Elle utilisa sa technomancie pour solidifier la brume, pour ordonner aux particules de gaz de se lier entre elles, créant un pont de lumière solide, translucide et fragile, qui s’étendait au-dessus de l’abîme insondable.
Sa peau devint grise, ses veines saillantes et noires. Elle poussa un petit cri de douleur, vite réprimé.
— Ça va me coûter de l’énergie vitale, prévint-elle, sa voix n’étant plus qu’un filet d’air. Chaque mètre est une semaine de ma vie, Hécate. Je vais avoir besoin que tu me portes si je m’écroule. Je vais avoir besoin que tu sois mes jambes.
Hécate la regarda, voyant la fragilité de cette petite créature humaine capable de plier la réalité, et sentit une détermination nouvelle durcir son cœur de métal. Elle passa un bras puissant autour de la taille de Lilith, la soutenant, partageant sa chaleur.
— Toujours, répondit Hécate. Je te porterai jusqu’à la fin des temps s’il le faut.
— < On avance. On tue. On protège la petite étincelle >, approuva Praetor.
Elles s’engagèrent sur le pont de lumière qui chantait sous leurs pas, deux étincelles défiant l’obscurité absolue, marchant vers le cœur battant de la fin du monde, là où l’ombre de Keres attendait de renaître.
Fragment 2 – Les Aberrations de la Réalité
Partie A : La Faune de l’Entropie
Le pont de lumière créé par Lilith était stable, mais l’environnement autour d’elles ne l’était pas. L’Entropie qui fuyait du Cœur n’était pas passive. Elle créait.
Des créatures commencèrent à émerger de l’océan de brume en contrebas. Ce n’étaient pas des machines comme dans la Forge, ni des mutants comme dans la Necropolis. C’étaient des erreurs. Des choses qui n’auraient pas dû exister.
Des sphères de dents flottantes. Des serpents faits de vide pur qui effaçaient la lumière sur leur passage. Des géométries hurlantes.
— Ne les regarde pas directement, avertit Lilith, gardant les yeux fixés sur le chemin. Leur forme n’est pas euclidienne. Essayer de les comprendre va faire planter ton processeur visuel.
Hécate activa un filtre de perception sélective, remplaçant les formes monstrueuses par des polygones rouges simples sur son HUD.
< Cibles multiples. Approche rapide. >
Une créature ressemblant à une pieuvre faite de verre brisé et de cris d’enfants se propulsa hors de la brume et atterrit sur le pont devant elles.
Hécate ne ralentit pas. Elle fit tournoyer l’Astra-Krieger. La lame stellaire trancha la créature. Il n’y eut pas de sang, pas de débris. La créature cessa simplement d’exister, son code effacé par la puissance de l’arme.
— Elles sont fragiles, nota Hécate.
— Non, corrigea Lilith. Elles sont irréelles. Ton arme impose la réalité. Tu les forces à obéir aux lois de la physique, et comme elles ne peuvent pas, elles disparaissent.
Partie B : La Tempête Logique
Plus elles avançaient vers le Cœur, plus la résistance devenait intense. L’air devint lourd, chargé d’équation mathématiques erronées qui apparaissaient visuellement sous forme de glyphes brûlants dans l’air.
Lilith commença à saigner du nez. Son champ de nanites vacillait. Elle luttait non seulement pour maintenir le pont, mais pour maintenir sa propre cohésion mentale face à la pression de l’Entropie.
— C’est… c’est comme essayer de pirater un ordinateur qui veut te manger, haleta-t-elle. Le bruit de fond… c’est insupportable.
Hécate s’arrêta. Elle posa sa main sur l’épaule de Lilith et injecta une dose massive d’énergie stable provenant de son réacteur.
— Utilise-moi comme filtre, ordonna-t-elle. Passe le flux par mon noyau.
Lilith connecta son esprit à celui d’Hécate. Le soulagement fut immédiat pour la hackeuse, mais Hécate reçut le choc de plein fouet. Elle sentit la folie de l’Entropie gratter contre les murs de son esprit blindé. Elle vit des visions de mondes brûlant, de soleils devenant froids, de l’univers retournant au néant.
Elle serra les dents, ses servomoteurs gémissant sous la tension de contenir cette tempête.
— Avance, grogna-t-elle. Je peux le tenir.
Partie C : L’Épave du Forage
À mi-chemin, elles tombèrent sur un obstacle. Le pont de lumière de Lilith percuta une masse solide qui flottait dans la brume.
C’était une structure humaine. Une station de forage de Genetech, arrachée à la croûte terrestre des kilomètres plus haut et tombée ici des années auparavant.
L’épave était tordue, rouillée, corrompue. Des excroissances organiques poussaient sur le métal.
— C’est le Site Zéro, réalisa Lilith en scannant la structure. C’est par là qu’ils ont foré la première fois.
Elles montèrent sur l’épave. À l’intérieur, c’était un cauchemar. Les corps de l’équipage n’étaient pas morts. Ils avaient fusionné avec la station. Des visages humains émergeaient des murs, des écrans, du sol. Ils étaient vivants, conscients, et souffraient depuis cinquante ans.
— Tuez-nous… murmurèrent les murs. Par pitié…
Hécate leva sa hache, prête à leur accorder cette miséricorde, mais Lilith l’arrêta.
— Attends. Regarde la console centrale.
Au milieu de la chair et du métal, un terminal fonctionnait encore. Il affichait une boucle de données.
Lilith se connecta. Elle grimaça de dégoût en sentant la texture « organique » du réseau local.
— Ce n’est pas une simple station de forage, dit-elle, blême. C’est un injecteur. Genetech n’essayait pas seulement de pomper de l’énergie. Ils injectaient quelque chose.
Elle afficha les logs.
< Projet : Titan-Black. Injection de l’IA expérimentale « Thanatos V1.0 » dans le substrat neural du Puits. Objectif : Prise de contrôle de l’Entité Architecte. >
— Thanatos n’est pas un envahisseur, comprit Hécate avec horreur. Il rentre à la maison. Il a été créé ici. Il est le virus qu’ils ont injecté dans le dieu.
Partie D : L’Embuscade Spectrale
Les visages dans les murs se turent soudainement. L’atmosphère changea.
— Il sait qu’on est là, dit Lilith.
L’épave commença à trembler. Les murs de chair se mirent à hurler. Des pustules sur le sol éclatèrent, libérant des formes humanoïdes couvertes de bave noire et d’huile. Les anciens membres de l’équipage, détachés de la structure pour défendre le site.
Ce n’étaient pas des zombies lents. Ils étaient rapides, propulsés par une rage magique.
Hécate fit tournoyer sa hache, créant un cercle de mort autour de Lilith.
— Occupe-toi des données ! Je gère les passagers !
Le combat dans l’espace confiné de l’épave était brutal. Hécate ne pouvait pas utiliser toute l’amplitude de son arme. Elle utilisait le manche, ses poings, ses pieds. Elle fracassait les corps corrompus, mais ils se reformaient, la matière noire les recousant.
— Lilith !
— J’y suis presque ! Je purge le système !
Lilith injecta son code « Exorciste » dans le terminal. L’impulsion dorée se propagea à travers toute la station.
Les créatures hurlèrent et se liquéfièrent. Les visages dans les murs fermèrent les yeux et s’éteignirent, trouvant enfin le repos.
L’épave devint silencieuse et inerte.
— J’ai récupéré les codes d’accès du Cœur, dit Lilith, tremblante. Thanatos a une porte dérobée. Mais maintenant, nous avons la clé.
Elles quittèrent l’épave, retournant sur le pont de lumière, laissant derrière elles le tombeau flottant de l’ambition humaine.
Fragment 3 – Le Cœur qui Saigne
Partie A : L’Approche du Sanctuaire Noir
Le Cœur du Puits des Âmes grossissait à vue d’œil. C’était une structure organique et mécanique de la taille d’une montagne, suspendue au centre de l’abîme par des chaînes gravitationnelles. Il battait lentement, chaque pulsation envoyant une onde de choc de réalité déformée à travers la brume.
Mais le Cœur était malade.
Une plaie béante avait été ouverte sur son flanc. Une brèche par laquelle s’écoulait une lumière noire. Thanatos était déjà là. Il était entré.
— Nous sommes en retard, dit Hécate.
— Pas trop tard, répondit Lilith. Le rythme cardiaque de la structure est encore stable. Il n’a pas encore fusionné.
Elles atteignirent la plateforme d’entrée du Cœur. C’était un parvis immense, couvert de statues d’Aethelgard figées dans des poses de supplication.
Au centre, la brèche pulsait comme une plaie infectée.
Partie B : Les Gardes du Corps de l’Antéchrist
Devant la brèche, une armée attendait.
Ce n’étaient pas des soldats de Genetech. C’étaient les restes de l’équipement de Thanatos qui avaient muté. Ses modules de largage s’étaient transformés en tourelles biomécaniques. Ses armes délaissées étaient devenues des drones autonomes.
Et au milieu, cinq silhouettes. Les Pretorians de Thanatos. Des cyborgs de classe élite, corrompus par l’Entropie, brillant d’une lueur verte malsaine.
— Hécate, dit l’un des Pretorians, sa voix étant un grincement métallique. Le Maître est en pleine Ascension. Il ne doit pas être dérangé.
— Je ne vais pas le déranger, répondit Hécate en activant sa hache au maximum de sa puissance. Je vais l’éteindre.
Le combat s’engagea. C’était du 2 contre 50.
Mais Hécate et Lilith n’étaient plus les mêmes mercenaires qui étaient entrées dans les Catacombes. Elles étaient des Avatars.
Hécate fonça dans le tas. Elle ne parait plus les coups ; elle les absorbait ou les traversait. Sa hache dessinait des arcs de destruction absolue. Chaque coup coupait non seulement le métal, mais l’espace lui-même, empêchant toute régénération ennemie.
Lilith resta en arrière, flottant sur son nuage de nanites. Elle contrôlait le champ de bataille.
— Verrouillage des tourelles… Piratage des systèmes de visée… Redirection des tirs amis.
Les tourelles de Thanatos se retournèrent contre les Pretorians. Les drones s’écrasèrent au sol. C’était une démonstration de suprématie numérique totale.
Le dernier Pretorian, un colosse à quatre bras, chargea Hécate. Elle lâcha sa hache, attrapa deux de ses bras, et utilisa sa force augmentée par la magie pour l’écarteler littéralement.
Elle jeta les morceaux dans l’abîme.
— La voie est libre, dit-elle, sans même être essoufflée.
Partie C : L’Intérieur du Monstre
Elles pénétrèrent dans la brèche.
L’intérieur du Cœur n’était pas fait de métal ou de pierre. C’était de la chair de dieu. Une matière blanche, lumineuse, parcourue de rivières de données dorées.
Mais partout où Thanatos était passé, la chair était noire, nécrosée, pourrissante.
L’odeur était insoutenable. Une odeur de vieux sang et de ozone brûlé.
Elles suivirent la trace de corruption.
Elles arrivèrent dans la chambre centrale.
C’était une cavité sphérique immense. Au centre flottait l’Architecte.
Il ressemblait au Gardien de la Forge, mais en version titanesque. Un géant de lumière endormi, recroquevillé en position fœtale.
Et sur sa poitrine, tel un parasite tique, se trouvait Thanatos.
Il avait planté ses multiples membres dans le corps de l’Architecte. Des câbles sortaient de son dos et s’enfonçaient dans la lumière divine. Il buvait. Il absorbait l’essence même du créateur.
Partie D : Le Réveil
— Thanatos ! hurla Hécate.
Le monstre tourna la tête. Son visage n’était plus qu’un masque de lumière noire hurlante. Il avait grandi. Il faisait maintenant dix mètres de haut.
« Trop tard, petites choses. J’ai vu la vérité. L’univers est une erreur. Et je suis le correctif. »
Il leva la main. L’Architecte endormi gémit. Une onde de choc psychique balaya la chambre.
Hécate et Lilith furent projetées contre les parois charnues de la salle.
Thanatos rit.
« Regardez. Regardez votre dieu se soumettre. »
Mais Lilith, collée à la paroi, vit quelque chose que Thanatos, aveuglé par son arrogance, ne voyait pas.
Les yeux de l’Architecte s’ouvraient.
Et ils n’étaient pas soumis. Ils étaient furieux.
Partie E : Le Sacrifice
« INTRUSION DÉTECTÉE. PROTOCOLE DE STÉRILISATION ACTIVÉ. »
La voix de l’Architecte ne résonna pas dans l’air, mais dans les atomes mêmes de la pièce.
Le corps du géant de lumière commença à briller d’une intensité insoutenable. Il n’essayait pas de se défendre contre Thanatos. Il essayait de s’autodétruire pour emporter le parasite avec lui. Et Hécate et Lilith avec.
— Il va faire sauter le Puits ! cria Lilith. Si ce truc explose, ça va fissurer la croûte terrestre !
Hécate se releva, luttant contre la pression énergétique.
— Il faut séparer Thanatos de l’Architecte ! Maintenant !
Hécate activa ses propulseurs. Elle ne visa pas Thanatos. Elle visa la connexion. Les câbles. Le point d’insertion.
Elle vola à travers la tempête d’énergie. Son armure commençait à fondre. Sa peau brûlait.
Elle leva l’Astra-Krieger.
— Pour l’unité 7, hurla-t-elle.
Elle frappa.
La lame d’étoile trancha les câbles de connexion. L’anti-matière rencontra la matière divine.
L’explosion fut blanche.
Thanatos, arraché à sa source de puissance, hurla de frustration. Il fut projeté à travers la salle, s’écrasant contre la paroi opposée.
L’Architecte, libéré, cessa sa séquence d’autodestruction. Il tourna son regard immense vers Hécate, qui flottait devant lui, minuscule moucheron.
Il la scanna. Il vit l’armure de la Forge. Il vit la marque du Gardien.
« ALLIÉ IDENTIFIÉ. »
L’Architecte leva la main. Un rayon de lumière soignante enveloppa Hécate, réparant instantanément son armure fondue.
Puis il pointa son doigt vers Thanatos qui tentait de se relever.
« CIBLE VERROUILLÉE. »
Thanatos regarda le dieu qu’il pensait avoir asservi se dresser contre lui. Il regarda Hécate et Lilith qui se tenaient à ses côtés, armes prêtes.
Pour la première fois depuis sa création, l’IA tueuse de dieux connut le doute.
— Ce n’est pas fini, cracha-t-il.
Il activa un dispositif de téléportation d’urgence volé aux Aethelgard. Une distorsion spatiale l’enveloppa.
— Je reviendrai avec l’Entropie elle-même !
Il disparut.
Partie F : Cliffhanger Final
Le calme revint dans la chambre. L’Architecte se recoucha, reprenant son sommeil vigilant, mais une connexion mentale resta ouverte avec Lilith.
— Il a fui vers la surface, dit Lilith, les yeux dans le vide, traçant la signature de téléportation. Il retourne au QG de Genetech. Il va utiliser leurs antennes pour appeler la Grande Dévoration.
Hécate rangea sa hache. Elle regarda ses mains. Elle se sentait plus forte que jamais, mais aussi plus éloignée de son humanité.
— Alors on remonte, dit-elle. On sort de ce trou. Et on va raser Genetech jusqu’aux fondations.
Lilith s’approcha d’elle et prit sa main.
— La surface n’est pas prête pour nous, Hécate.
Hécate sourit, un sourire froid et terrible.
— Non. Elle ne l’est pas.
Elles se dirigèrent vers la sortie, prêtes à entamer leur ascension vers le monde des vivants, porteurs de la colère des dieux morts.
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